Ecologie: le temps des ingénieurs.
Les écologistes ont-ils un avenir ? la "branlée du 22" et la prise de conscience écologique suscite de nombreuses interrogations à ce sujet.
Un mail récent sur "Alphavert", "TRIOMPHE DE L'ÉCOLOGIE ET FIN DES ECOLOGISTES",fortement argumenté, nous interpellent à ce sujet. La première remarque qui s'imposent est que de toute évidence la fin pressentie serait celle des écologistes politiques et non celle des militants associatifs que le "Grenelle de l'environnement" met plutôt à l'honneur.
La 2°) remarque est effectivement que la prise de conscience écologique risque de changer la donne en matière de "qualification". Dès lors que les pouvoirs publics et les entreprises ont admis la nécessité d'une politique de développement durable, un travail de fond s'engage sur l'ensemble des processus de production de la société. A l'époque héroïque des pionniers, des écologistes ont joué le rôle de professeurs Nimbus. et de savants fous de l'écologie, expérimentant sans moyen et dans le déni général les solutions aujourd'hui reconnues par tous. L'époque de leur généralisation. appartient aux ingénieurs, aux bureaux d'études, aux hommes de l'art, agissant à la croisée des chemins entre sciences, techniques et économie. Personne dans ce type de mission n'a besoin des écologistes et nous ne sommes pas nécessairement les mieux qualifiés dans un travail d'optimisation utilisant les savoir-faire existants.
Il sera même tentant de rejeter les pères fondateurs dans le néant politiques de l'idéologie tandis qu'en toutes choses il faudrait laisser le champ libre aux ingénieurs de tous poils tenant dans une main la règle de leur métier et dans l'autre l'équerre du fascicule "comment faire son agenda 21 en 21 leçons ". Circulez, il n'y a plus rien à voir.
Mais si tel est le cas rien ne sert de recentrer le discours des Verts ou du parti qui s'y substituerait, sur l'écologie seulement. C'est l'ensemble des militants écologistes politiques quelle que soit leur nuance qui serait hors-jeu, coincés entre les ingénieurs, les technocrates de l'administration publique et les militants associatifs représentant les groupes d'intérêts citoyens.
On pourrait multiplier les exemples de cette nécessaire émergence du rôle des ingénieurs dans la mise en oeuvre du développement durable, lequel peut-être compris comme un processus classique d'optimisation appliquée à de nouvelles variables techniques.
Aujourd'hui dans l'industrie aéronautique on opère un traitement technique systématique, continue, de réduction de masse sur tous les éléments d'un avion. Et réduire la masse de l'appareil permet soit de réduire la consommation de carburant, soit d'accroitre la masse transportable, soit de réduire le coût matières approvisionnées, avec cependant la contrainte du coût induit par cette réduction de masse.
Le développement durable pour une part essentielle va consister à appliquer ce type de raisonnement sur d'autres variables qui sont la consommation énergétique, les émissions carbone, les autres émissions polluantes, la consommation d'eau etc.. Les solutions sont techniques et relèvent des savoir-faire des métiers concernés.
Nous entrons dans le monde du comment parce que nous avons la réponse au pourquoi. Le "Grenelle de l'environnement" dans ce monde parfait de la technique triomphante pourrait dresser une sorte d'état sanitaire de la planète France duquel pourrait surgir un consensus sur la stratégie à suivre, les délais à tenir pour les objectifs à atteindre.
Pourquoi pas.
Il ne manque à ce tableau idyllique que les hommes et la description des contraintes économiques car, à la différence d'un processus technique d'optimisation de masse d'un avion qui s'inscrit simplement dans un processus de compétition économique et technique, on se heurte à un cadre réglementaire inconnu et incertain et à des impacts sociaux involontaires. L'un des enjeux sera de définir ce cadre réglementaire nouveau et contraignant, même si une bonne part à déjà été défini par l'Union Européenne pour la France est souvent contre son gouvernement et les lobbies qui ont droit de cité.
Force est de constater qu'une bonne part des difficultés de l'écologie se concentrera sur ce point. Nous verrons à l'issue du processus de Grenelle ou se comptent les cocus de l'affaire. Mais dès à présent on peut noter les décalages entre la prise de conscience écologique et les arbitrages politiques. Juppé, "le meilleur d'entre nous", touché par la grâce écologique, a tranché en faveur des OGM Monsanto. Barnier, ancien ministre de l'écologie, a défendu bec et ongles, les quotas de pêche à l'anchois, en vrai ministre de l'agriculture de tradition chiraquienne. Sarkosy a récemment publié son intention de passer outre le SDRIF, remettant en question le rééquilibrage du développement entre l'est et l'ouest de l'Île de France.
Nous risquons de voir apparaitre au milieu des vœux pieux, les contradictions classiques d'intérêts ainsi qu'une cassure parmi des associations d'environnementalistes, entre celle dont la thématique relativement neutre est recyclable ou incontournable et celles qui opèrent sur la rupture écologiste du mode de vie. Celles-là seront bientôt rejetés dans l'idéologie et l'extrémisme.
À mesure que nous avancerons dans le débat nous verrons également monter en puissance la question du rythme associé à la criticité des échéances. Devra t-on retenir comme échéance fatidique du pic de Hubert la prédiction de l'ASPO (2011), ou celle plus insipide et. plus politiquement neutre de 2023 ?
Devra-t-on d'ailleurs lors de ce Grenelle, mettre des chiffres et des échéances derriere les intentions proclamés ? je veux dire les figer par la loi et par les programmes politiques. La culture du résultat du président actuel semblerait aller dans ce sens. Nous verrons si le courage politique suivra ou si les petits calculs reviendront. Mais il faudra bien globalement valider si des objectifs s'accordent aux échéances et si la nécessité de maitriser l'opinion publique n'interfère pas avec les objectifs proclamés.
Il est crucial en terme de développement durable ( ou de décroissance, dans notre vocabulaire) que la question des nouveaux indicateurs et leur haut niveau de visibilité et de priorité comptent parmi les résultats du Grenelle de l'environnement. Sans cela, pas de mesure objective de l'efficacité écologique des politiques publiques. L'empreinte écologique doit devenir un indice majeur du tableau de bord national, sa décroissance doit être inscrite dans la charte de l'environnement.
Plus encore nous devons constater que l'une des conséquences de cette rencontre sera de réhabiliter la politique, la volonté ordonnatrice organisant et hiérarchisant la multiplicité des enjeux d'environnementaux spécifiques.
La notion d'arbitrage sera au coeur des délibérés.
Les éco-taxes reconnues par tous, maintenant, peuvent laisser le sentiment que finalement l'écologie c'est fastoche. Il suffit de donner au marché les bonnes règles et la loi de l'offre de la demande fera le reste.
l'opinion publique ayant été bien préparée, l'urgence et la nécessité étant acceptés dans les coeurs il suffira seulement de pousser les éco-taxes, à périmètre fiscal constant, bien entendu.
Nous ne pouvons écarter la capacité de Sarkosy à brouiller les limites. Nombre de nos propositions sont acceptables par tous. Il peut le faire par calcul mais il peut aussi le faire par conviction et par intérêt bien compris. Ne perdons pas de vue que les années 2011-2012 pourrait être des années charnières de la crise écologique en même temps qu'une époque de renouvellement présidentiel.
Son goût pour les défis peut très bien le conduire à rendre aux écologistes qui l'avaient mal notés pendant sa campagne, la monnaie de leur pièce, en semant la zizanie dans leur camp. Nous pourrions avoir ce paradoxe: une mouvance écolo désunis face aux résultat de Grenelle, une politique écologique insuffisante au regard des échéances à venir mais qui néanmoins va beaucoup plus loin que ce que tous les gouvernements précédents avaient consenti.
Dans un tel contexte le rôle d'un parti écologiste sera irremplaçable : il devra fonctionner comme un point fixe, une boussole et l'une de ses missions sera de resituer les objectifs environnementaux par rapport à l'ensemble des questions politiques concernant la société française. Il aura également à décharger les associations environnementales de la délicate question sociale et de la manière de la mettre en relation avec cet agenda 21 de la nation.
En d'autres termes l'écologie politique n'est pas hors course est plus que jamais notre discours ne peut être purement écologiste ( ce qui ne n'exclut pas que notre communication sur les fondamentaux doit s'améliorer singulièrement). Le travail effectué au sein des Verts depuis 20 ans n'est pas perdu et la synthèse qui me semble s'être opérée au cours de la campagne présidentielle dans la formulation cohérente de nos convictions est une base sérieuse pour concevoir l'avenir.
Chacun comprendra que cette opportunité pour les écologistes exige qu'il existe un parti unifié, sûr de lui , où la cacophonie et le sauve-qui-peut sont exclus. Sur ce, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Les forces qui pourraient s'adjoindre seraient bienvenues. Aujourd'hui rien ne nous permet d'affirmer qu'il existe une volonté d'unité en-dehors de nos seuls rangs. Bien évidemment nous devons tout faire pour l'encourager, le travail engagé par Yann Werhling pour rapprocher la famille écologiste doit être poursuivi, sans exclure sur notre droite ou sur notre gauche sous prétexte de rectitude idéologique et sans tenir pour autant des paris incertains mettant en péril notre propre existence ou notre stratégie de fixation de l'électorat écologiste, base indispensable d'une unité de l'opposition autour de nos orientations.
Sauvons nous nous-même et laissons à Dieu le soin d'en sauver d'autres à nos côtés, la seule responsabilité qui nous incombe est celle de l'hospitalité. Soyons convaincus que pour rassembler et persuader, il faut être unis et sereins.
L'heure n'est pas à laisser paraître un parti déstabilisé par un échec, fusse celui de la "branlée du 22". Tirons vite toutes les conclusions qui s'imposent et que nous connaissons tous depuis longtemps. Mobilisons l'essentiel de nos forces pour réagir aux manoeuvres qui s'apprêtent.
En parallèle s'engage un débat sur la réforme des institutions. Peut on croire que la droite soit prête à aller jusqu'à la réforme des collectivités locales? Malgré l'absence de limite fixée dont se targue Nicolas Sarkosy, il est peu probable que la droite et la gauche classique aillent de concert jusqu'à envisager un tel bouleversement dans la politique française. Il existe même un risque que le parti socialiste fasse capoter ce projet. Sur un tel sujet les associatifs n'ont que peu de prise, c'est un travail de politique pure. Pourtant des questions essentielles d'aménagement du territoire en dépendent, avec un impact fort sur les politiques environnementales.
La encore, les verts ont quelque chose à apporter à l'écologie, à la gauche, à la société dans son ensemble. Et il ne serait pas admissible que nous soyons absents pour cause de démocratie interne envahissante alors même que nous avions fait de la 6e république un des axes forts de notre campagne présidentielle.
Enfin je dirai que la fainéantise ne nous est pas encore permise : nous connaissons les solutions pour aujourd'hui, dictées par l'urgence. Mais l'écologie politique se joue à 20 ou 30 ans. Que ferons nous des réfugiés climatiques ? Comment faire face à la chute prévisible des rendements agricoles, à la concurrence entre les usages alimentaires et industriels des produits issus de la photosynthèse ? Comment "agrandir" notre planète sans perpétuer la fuite en avant dans la dilapidation des ressources naturelles? Comment faire face à la profusion technologique ? Je n'ai pas le sentiment que nos solutions actuelles, indispensables, soient suffisantes à cet horizon.
La technique et la politique s'entrelacent nécessairement. Si le temps des ingénieurs est venu, le temps des écologistes n'est pas terminé pour autant.
jeudi 26 juillet 2007
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1 commentaire:
remerciement à Philippe Ladame, webmestre émérite de Citron Vert et lecteur attentif de mes libertés involontaires avec la langue française
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