jeudi 15 novembre 2007

Changement climatique : l'emballement ?



Une situation plus critique que prévue

La situation planétaire est plus critique qu'on ne le pensait :
- Les banquises fondent plus vite que prévu
- Les rejets annuels de co2 serait de 10 GT au lieu de 8, ce qui compromet l'objectif de Kyoto
- Les hypothèses du Giec 2003 sont revues à la hausse : au lieu d'une tendance

possible du réchauffement climatique inférieure a 2 degrés, il faut plutôt tabler sur une tendance entre 1,8 et 4 degrés, même en cas d'action immédiate. Le niveau des mers devrait croître de 2 mètres a l'horizon 2100 et non être inférieure à 1 mètre.- A l'horizon 2050, l'Onu prévoit 150 millions de réfugiés climatiques en raison de la montée des océans tandis qu'une association humanitaire considère que l'ensemble des manifestations directes et indirectes du changement climatique provoquera 1 milliard de réfugiés climatiques dans un contexte probable de tension extrême sur les ressources alimentaires.

- Les scenarii faisant l'objet d'évaluation ne prennent pas en compte des phénomènes encore mal quantifiés qui pourraient se produire dans le cas d'un réchauffement supérieur à 2 degrés, comme le dégazage du méthane contenu dans le permafrost.

Par conformisme, nous avons perdu 30 ans d'action depuis le rapport du club de Rome. Les économistes portent une forte responsabilité dans cet aveuglement collectif.

Depuis quelques mois, l'évolution des observations et des connaissances laisse penser que notre horizon s'est réduite de 50 ans, à 2050. Nous n'avons plus de marge de manœuvre.

Pire encore, pour Lester Brown, le temps nous est compté : "les recherches que nous avons effectuées nous amènent à penser qu’il faut réduire nos émissions en CO2 de 80% d’ici à 2020 et non d’ici à 2050 comme le soutiennent d’autres chercheurs".

Probablement aucune organisation politique ou non gouvernementale n'a sérieusement envisagé de plan cohérent capable d'assumer un tel pari, pas même notre parti. Un tel changement de notre modèle économique en si peu de temps relève de l'économie de guerre et non de la gestion ordinaire de l'état. Il implique des objectifs règlementaires contraignants en plus des dispositifs incitatifs.

Les verts doivent prendre au minimum communiquer sur la nécessité d'intégrer cette urgence dans nos politiques publiques et engager une réflexion élargie, dans un cadre pluridisciplinaire.

Une action internationale rapide

Si le Grenelle de l'environnement est un électrochoc salutaire pour la société française, nous devons avoir à l'esprit que l'adaptation des modèles de consommation devra être accélérée. Il faudra faire face à une pression sur l'environnement accrue, diversifiée et non seulement centré sur l'aspect énergétique.

Ainsi que le suggérait Al Gore, l'équivalent du Grenelle de l'environnement doit être réalisé très vite à l'échelle planétaire avec à la clé, la constitution d'un fond d'investissement considérable, qui pourrait être piloté par le FMI et des engagements forts des pays contractants.

La France doit prendre sans tarder une initiative en ce sens.

Mesurer pour décider

Nous devons avoir 2 inquiétudes pour l'avenir du Grenelle :

- La première est son financement qui sera décidé à partir du prochain budget, avec une attention médiatico-électorale affaiblie et un contexte économique alangui.
- La seconde est la question du thermomètre. L'effort devra être soutenu et contrôlé durant 50 ans. Les contraintes à tenir ne sont pas idéologiques, sociologiques mais physiques : on ne négocie pas avec une courbe d'accroissement des gaz a effet de serre.

Aujourd'hui la seule méthode viable, durable et générique dont on dispose pour mesurer la pression humaine sur l'environnement sous toutes ses formes, est l'empreinte écologique.

Rappelons les bornes qu'elle définit : l'empreinte planétaire supportable pour 6 milliards d'humains est de 1,8 ha/personne. L'empreinte planétaire actuelle est de 2,1 ha. L'empreinte de la France est de l'ordre de 5 ha.

Nous devons bien comprendre qu'a l'horizon 2050, le nombre de vies humaines épargnées sera une fonction linéaire du nombre d'hectares d'empreinte écologique préservé.

Il est techniquement et moralement nécessaire de faire de l'empreinte écologique le référentiel de notre politique de développement durable, quel que soit le parti au pouvoir. Elle doit jouer un rôle universel et unificateur équivalent à ce que fut le système métrique au 19ieme siècle.

L'intégration de cet indicateur à la charte de l'environnement doit être considérée comme un acte politique majeur bien qu'il ne coûte rien. Pour la France, sa décroissance doit être un objectif national contraignant, son rythme restant le choix des gouvernants.

Le choix d'un autre indicateur le PIB vert serait une erreur car par rapport à la contrainte considérée, un risque fatal, la valorisation économique de la dégradation écologique n'est pas déterminante mais elle apporterait une marge d'erreur supplémentaire, des querelles de spécialistes interminables propres à freiner les politiques publiques.

L'heure n'est pas à discuter du sexe des anges.